« Des arbres abattus au profit de Danone ? » : l’enquête d’Off Investigation

Le média Off Investigation enquête sur ce que l’A412 apporterait à l’usine Evian de Danone. Danone répond que le projet ne présente pas d’enjeu pour elle ; des documents internes consultés par le média décrivent une usine qui expédie davantage par la route que ce que dit le groupe.

Le 1er octobre, le média d’enquête Off Investigation a publié « Autoroute A412 : des arbres abattus au profit de Danone ? », signé Clarisse Feletin. L’article, réservé aux abonnés, pose une question que le collectif pose aussi : à qui profite l’autoroute, prévue aux portes de l’usine d’embouteillage des eaux d’Evian ? Voici ce qu’il apporte de nouveau.

La réponse de Danone

Le groupe a répondu au média. Selon lui, le projet ne présente « pas d’enjeux économiques et opérationnels pour Evian » et ne peut donc pas avoir été décidé « pour servir les intérêts » de la société. Danone affirme aussi que 50 % des volumes d’Evian quittent l’usine par le train, une part qui « ne diminuera pas » avec l’autoroute.

C’est la première prise de position de Danone sur l’A412 que nous ayons trouvée.

Le rail : des chiffres qui ne concordent pas

Les chiffres annoncés ne disent pas tous la même chose :

  • le site français d’Evian annonce 75 % ;
  • Danone, auprès d’Off Investigation, parle de 50 % ;
  • une page du site d’Evian reproduite par le média dit « presque » une bouteille sur deux ;
  • des documents internes à l’usine, consultés par Off Investigation, indiquent 60 % par la route et 40 % par le train, soit au plus 178 camions par jour. Un membre du personnel, cité anonymement, confirme cette proportion.

Selon lui, le transport par la route a pris le pas pour des raisons de coût, avec des transporteurs sous-traités qui traversent les villages du Chablais. Nous n’avons pas pu vérifier ces documents.

« Je vous entends et je vous comprends »

Off Investigation rappelle un épisode raconté par Christian Monteil, alors président du Département de Haute-Savoie, à L’Essor savoyard le 2 septembre 2019. Aux rencontres franco-allemandes d’Évian en 2017, il a plaidé pour l’autoroute auprès d’Emmanuel Macron, en présence de Franck Riboud, alors président du conseil d’administration de Danone, qui « a relayé » le message. Le président aurait répondu « Je vous entends et je vous comprends », et une note serait partie au ministère trois jours plus tard. Une source anonyme du ministère des Transports décrit au média un projet « très soutenu localement », porté par l’État « sans que cela réponde à un enjeu national ».

Ce que disent les élus genevois

Rémy Pagani, maire de Genève de 2007 à 2020, parle de « catastrophe écologique ». Alfonso Gomez, conseiller administratif chargé de l’environnement, s’interroge sur le rôle de Danone dans le choix de la route plutôt que du rail.

La ligne du Tonkin

L’enquête revient enfin sur la ligne ferroviaire du Tonkin, entre Évian et Saint-Gingolph. D’après Off Investigation, la Région Auvergne-Rhône-Alpes et SNCF Réseau ont mené en 2022 des études d’avant-projet sommaires d’un million d’euros, avant que le projet s’arrête en 2024.

Notre dossier sur le rail, les camions et le péage poids lourds, mis à jour avec ces éléments : Evian, les camions et l’autoroute. Les alternatives ferroviaires sont détaillées dans Les alternatives au projet.

Sources

  1. Off Investigation — Autoroute A412 : des arbres abattus au profit de Danone ? (Clarisse Feletin, article réservé aux abonnés) · 2026-10-01
  2. Evian — notre impact climatique (« 75 % de nos bouteilles sont transportées par train »)

Informations vérifiées le 2026-10-10.